Il y aura des coupures de gaz naturel cet hiver en France

Le prix du gaz se situe aux alentours de 27€/MWh (marché de gros, sans taxes ni acheminement). Des contrats à long terme en assurent une relative stabilité en Europe avec des points hauts en juillet 2008 à 43€ ou des points bas à 17€ en mars 2010, mais jamais très longtemps. En mars 2010, GdFSuez s’est dit « plus jamais ça !».

Le premier choc dans ce paisible paysage gazier est venu du gaz de schiste aux USA, exploité dans des conditions écologiquement débridées depuis 10 ans. Le prix du gaz est progressivement descendu aux USA jusqu’à 10€/MWh en février 2011 et s’y est stabilisé.

Le deuxième choc est l’accident de Fukushima, en mars 2011, avec pour conséquence  l’arrêt des centrales nucléaires au Japon et la production en urgence d’électricité à partir de centrales au gaz naturel,  importé à un prix de 42 à 48€/MWh. Entre 10€ et 48€, l’Europe fait figure de stabilité à 27€.

La France importe son gaz régulièrement et le consomme beaucoup en hiver, moins en été. Elle stocke donc  entre 100 et 120 TWh de gaz dans des réservoirs souterrains, qui représentent près du quart de sa consommation annuelle entre 4 acteurs de stockage dont le principal (Storengy) est une filiale de GdFSuez. Le tarif de stockage, concerté avec le gouvernement, est suffisamment cher depuis 3 ans pour que les expéditeurs de gaz ne stockent plus autant que nécessaire, d’autant plus que le prix d’hiver n’est plus suffisamment différencié du prix d’été. De fait, nous observons chaque année une baisse de 10% du stockage de gaz naturel en France depuis 3 ans avec un point très bas (5%) atteint en mai 2013.

Il faut aussi savoir que la France est coupée en deux zones  (pour faire court) qui communiqueront insuffisamment entre la zone Nord et la zone Sud jusqu’en 2018.

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Les prix du gaz en Asie ont conduit les producteurs de Gaz Naturel Liquéfié à orienter leurs méthaniers vers ce continent plutôt que vers l’Europe. Peu de navires arrivent en France et quand ils arrivent, tentent d’éviter les ports où ils seront retenus en otage, curiosité syndicale française. Les nouvelles installations de regazéification de Fos se retrouvent ainsi sous utilisées. Les afflux déficitaires de gaz au Sud que ne peut compenser la trop faible liaison Nord Sud ont engendré un écart de prix entre le Nord et le Sud de 6 €/MWh depuis fin novembre 2013 pour atteindre 14,68 € les 14 et 15 décembre en raison d’un arrêt technique inopportun du terminal de Skikda en Algérie.

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Le stockage réalisé au Nord comme au Sud en prévision des demandes est maintenant insuffisant. Compte tenu de la dégradation de la situation, la Commission de Régulation de l’Energie agit depuis mars 2013 pour éviter que le Sud ne soit trop pénalisé cet hiver, mais les dés sont maintenant jetés.

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Ne nous y trompons pas : la hausse des stocks en zone Sud qui apparaît en octobre 2012 et 2013 sur ce graphique compense insuffisamment la réduction des flux de GNL vers Fos. Au 15 décembre, il reste 75 jours de stocks au Sud avec une grosse incertitude de +/- 15 jours sur la météo et sur les approvisionnements GNL.

La baisse des stocks au Nord (pour sauver le Sud) conduit au même constat sur la date possible d’épuisement des stocks. Heureusement, les approvisionnements au Nord sont essentiellement par voie terrestre (via l’Ukraine pour 30%…) sur laquelle l’attraction asiatique ne peut jouer. Mais ce n’est pas plus rassurant et M. Poutine pourrait tout aussi bien inverser le déséquilibre entre Nord et Sud au cours de l’hiver. Au royaume des aveugles, les borgnes (le Sud) seront peut-être les rois.

Au Nord comme au Sud, le risque de coupures en mars est réel.  Bien sûr, la France dispose de stocks stratégiques qui seront certainement mis en œuvre, même si c’est assez lourd. En mars et avril 2014, les Français (hors secteurs de la santé, de la sécurité nationale et des hauts fonctionnaires) maudiront cette dépendance aux importations et voueront les écologistes de tout poil  (et les buveurs d’eau) aux gémonies.

Curieusement, la question de l’exploitation des gaz de schiste en France est programmée pour un nouvel examen en avril 2014. Ce n’est évidemment qu’un hasard et bien loin de nous l’idée d’y voir une malice orchestrée si finement depuis trois ans par les grands du gaz.

Pour vous préparer au grand frisson :  http://www.grtgaz.com/?681

A lire également :

Winter Outlook 2013 2014 publié par GRT Gaz le 7 novembre 2013

http://www.cre.fr/documents/presse/communiques-de-presse/tensions-sur-le-marche-du-gaz-la-cre-rappelle-leurs-obligations-aux-acteurs-de-marche